« Parce que les seules gens qui existent pour moi sont les démons, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bailler ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux jeux jaunes des chandelles romaines explorant comme des poêles à frire à travers les étoiles. »
« N'est-il pas vrai qu'au départ de la vie on est un petit enfant sage qui croit à tout ce qui se présente sous le toit paternel ? Puis vient le jour où l'on sait qu'on est pauvre et misérable et malheureux et aveugle et nu, et, avec le visage macabre et désolé d'un spectre, on traverse en frissonnant une vie de cauchemar. »
« Ma tante a dit une fois que le monde ne trouverait jamais la paix tant que les hommes ne se jetteraient pas aux pieds de leurs femmes pour leur demander pardon. »
« Quelque chose, quelqu'un, quelque esprit devait poursuivre chacun de nous à travers le désert de la vie et il devait de toute nécessité nous saisir avant que nous n'atteignons le paradis. Naturellement, maintenant que je reviens sur cette énigme, il s'agit simplement de la mort : la mort nous rejoindra avant le paradis. La seule chose après laquelle nous languissons durant notre existence, qui nous fait soupirer et gémir et souffrir toutes sortes de doucereuses nausées, c'est le souvenir de quelque félicité perdue que l'on a sans doute éprouvée dans le sein maternel et qui ne saurait se reproduire (mais nous nous refusons de l'admettre) que dans la mort. »
« Eh bien, bon Dieu, tenez, tous autant que vous êtes, nous devons reconnaître que tout est beau et qu'il n'y a aucune nécessité en ce monde de se faire du souci et, de fait, nous devrions nous rendre compte de ce que signifierait pour nous la compréhension de ceci, que nous n'avons réellement aucun souci. N'ai-je pas raison ? »
« Quel est ce sentiment qui vous étreint quand vous quittez des gens en bagnole et que vous les voyez rapetisser dans la plaine jusqu'à, finalement, disparaître ? C'est le monde trop vaste qui nous pèse et c'est l'adieu. »
« Pendant un instant j'avais atteint ce degré d'extase que j'avais toujours convoité, qui était le franchissement total du temps mesurable jusqu'au règne des ombres intemporelles, le ravissement dans le désert de notre condition mortelle, l'impression que la mort me chassait devant elle à coups de pied, elle-même talonnée par un spectre, si bien que je ne trouvais mon salut que sur une planche où les anges, pour y voler, plongeaient dans l'abîme sacré du néant d'avant la création, et là, des rayons d'une force merveilleuse resplendissaient de l'éclat de l'Esprit Absolu, des champs de lotus..."
« En d'autres occasions
cela m'aurait réjoui le c½ur,
mais, puisque son c½ur n'était pas réjoui quand elle parlait de ça,
je compris qu'il s'agissait seulement pour elle de quelque chose que l'on doit faire. »
« Ses grands yeux sombres me contemplèrent du fond d'un néant où flottait une sorte de chagrin qui remontait aux générations et aux générations qui n'ont pas accompli ce qui demandait avec force de l'être, quoi que ce fût, et chacun sait de quoi je parle. »
« Qu'est-ce que ça peut bien faire après tout ?
L'anonymat dans le monde des hommes vaut mieux que la renommée dans le ciel, car le ciel, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que la terre ? Question d'idée. »
Kerouac